FantasMique

Vendredi 6 juin 2008 5 06 /06 /Juin /2008 19:58
Ils ont foulé les sols de l'établissement depuis le début de leur scolarité. Ils évoquent ensemble aujourd'hui, en ce dernier jour de cours, de poignants souvenirs, des manies professorales loufoques aux délires étudiants puériles, ils se rappellent, tendrement. Je suis au milieu d'eux comme une étrangère, cela fait deux ans seulement que je suis entrée dans leur univers.
J'aimerai participer à leurs discussions et vivre leur émotion, alors même que la mienne inonde discrètement le creux de ma poitrine. Je voudrais leur dire combien je les apprécie, d'un amour humain et attaché à leurs agissements quotidiens. Je voudrais leur dire combien ils me manqueront, combien j'aurai voulu parler avec eux, mieux les connaître sans oser pourtant sortir de mon mutisme distingué durant toutes ces heures passées négligemment à leurs côtés.
Je ne partage pas leurs activités nocturnes enfumées, alcoolisées et prétendre m'associer à leurs quotidiens m'est difficile, je ne fais que les observer. Je m'en délecte. Je vis à travers eux sans prendre de risques. Je m'esclaffe évidemment de temps en temps sur ce ton enjoué et hystérique qu'ils adoptent, je me tortille sur des talons, colle mon portable contre mon oreille en tordant mon visage de manière occupée et, mimant un engoncement sous une vie sociale débordante, j'hume alors avec délice le parfum de l'adolescence chic et blasée. Avant de retourner dans ma simplicité exemplaire qui me satisfait tant elle me rassure.
Mon parcours scolaire s'achève aujourd'hui. Sous des bruits de cris joyeux, ou tempétueux contre le directeur, des fumigènes colorés lançés ça et là qui excitent les plus jeunes, des jets d'eau amicaux et surtout une chaleur humaine plus déchaînée que jamais. Des destins qui se séparent, des sourires qui ne se croiseront plus, je reste spectatrice de ces quelques débordements amusants qui clôturent une période de ma vie, en immortalisant dans ma mémoire ces individus en liesse qui font d'une fête ce qui me brise le coeur.
Terminale.

Alors je mange pour oublier ma peine, caprice d'enfant abandonnée par ses pairs, je rôde autour du buffet disposé pour nous dans la cour par les Anciens en guise de bienvenue dans leur confrérie, les yeux avides de combler le manque que je sens peu à peu déchirer mon corps. Mes mains plongent dans les saladiers, y arrachent avec une nonchalance feinte les aliments qui s'y trouvent, j'ai alors à peine le temps de les poser dans ma vulgaire assiette en plastique qu'ils sont déjà engloutis et qu'il me faut repartir à l'assaut, encore, encore. Je repousse les contacts physiques que j'abhorre en ces périodes d'insatiabilité vorace, je fuis les discussions des autres élèves, je ne fais que fixer ma nourriture pour ne pas croiser leurs regards. Puis ma mastication se fait plus lente, fatiguée, mais la vue des desserts me trouble de nouveau. L'organisatrice n'a pas encore terminé de les couper en parts que j'en saisis un échantillon de chaque, toujours en souriant dignement, jusqu'à ne plus avoir de place dans mon écuelle. Alors, je vais m'asseoir au milieu de la foule dans la plus quelconque normalité et je déguste lentement, mélangeant les saveurs, me délectant du goût sucré et chocolaté qui se dégagent de cette matière granuleuse et esthétique qui se fond à ma salive. La lourdeur qui m'étreint peu de temps après est si insupportable qu'elle me donne envie de m'étaler de honte à même le sol ; qu'ils me foulent tous de leurs démarches assurées et si distinguées, eux qui conversent maintenant d'un air concerné et satisfait près de moi, tenant mollement les plats entre leurs doigts indifférents à la nourriture, ces mêmes qui déclineront de nouvelles portions "Non merci, je n'ai plus faim" diront-ils d'une voix comblée et délicatement retenue, eux qui affichent une mine douceureuse en saisissant mon épaule "Tu as maigri, toi dis-donc ! Attention, hein ?" ou grimaçante "C'est un peu calorique tout ça, non ?", eux qui jugent sans comprendre les heures passées à scruter les tableaux de valeurs caloriques des paquets de féculents, les aurores sur la balance à se mordre les lèvres. Oui, qu'ils m'écrasent tous sous leur prétendue grandeur bienheureuse, je leur rendrai toute offense au centuple tant ma colère gronde. 
Mais eux aussi, que je décris précédemment comme des ennemis, parce qu'il fait bon se poser comme incomprise de temps en temps, eux aussi possédent avec peine et discrétion des troubles semblables. Le but du jeu étant de faire croire l'inverse pour ne pas céder à la faiblesse de laisser les autres se gargariser de nos soucis, de nous plaindre en s'assurant supérieurs. Alors, qui d'entre eux tombera le premier ? Lequel restera en finale avec et contre moi ?

Les sons synthétiques emplissent l'espace de leur fadeur mélodique vainement répétitive. Les talons des filles claquent, les boucles de leurs sacs crépitent, les verres d'alcool s'entrechoquent, les chemises des garçons brillent sous les projecteurs, les mains se congratulent ou s'aventurent à la recherche de peaux ouatées, les bouches papillonnent en coeur et laissent échapper rires et plaisanteries sans gêne, la jeunesse est ici deshinibée, et à la voir ainsi pomponnée et légère, on pourrait croire qu'elle est heureuse.

Mes oreilles bourdonnent encore et ces grésillements internes donnent à la chambre obscure une atmosphère surréaliste. La couette molletonnée recouvre nos deux organismes patraques mais elle valse bientôt frénétiquement alors que nous nous échinons à nous donner du plaisir. Mes membres flottent psychédéliquement tant cette ambiance délicieusement feutrée est propice au relâchement, seul le contact débridé et ardent de sa langue avec la mienne rappelle ma conscience.
Bientôt le bac. Les grandes vacances. Puis la vie étudiante dans le journalisme.
Prête ?
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Samedi 21 juin 2008 6 21 /06 /Juin /2008 10:36

Rendez-vous fétiche de tous les lycéens parisiens, idéal pour faire la fête (littéralement boire jusqu'à l'effondrement et l'euphorie artificielle maximale) après une lourde semaine d'examens. Ils sont des milliers, ça grouille de partout. Ils sont regroupés en différents petits cercles au milieu desquels ils déposent leurs affaires et leurs victuailles, mais le mélange avec les autres ne saurait tarder. Tous ensemble, la fête est plus folle et ils ont les mêmes envies, les mêmes délires, les mêmes raisons d'être ici alors, portables greffés à l'oreille, ils cherchent maintenant de nouvelles connaissances parmi cet amas de filles maquillées à outrance titubant entre les garçons déchaînés, de bouteilles brisées éparpillées sur l'herbe, de cris de joie animaux ; ils s'enlaçent les uns les autres lorsque les recherches se trouvent fructueuses et chacun partage sa propriété alcoolique, petites gorgées amères qui troublent leurs terminaisons nerveuses, leurs sens, et visiblement, les libèrent.
Les policiers attendent non loin de là, flanqués de pompiers, prêts à intervenir. C'est surprenant de les voir aux aguets, impuissants à cette débauche, essayant de repérer les futurs comas éthyliques.
La nuit commence à tomber. De la musique s'évade des petites enceintes que certains ont amené mais le rythme techno est très largement étouffé par l'ambiance environnante. Le sol suintant de liqueurs aphrodisiaques accueille de temps en temps un adolescent qui s'y écroule violemment. A trop vouloir être superficiellement légers, ils en oublient la réalité et cette dernière s'impose plus durement à eux lorsque leur adrénaline redescend.
Mon sac sous le bras, je salue les personnes qui me reconnaissent, je leur souris et leur fait part de mes impressions sur ce fameux Bac. Je flotte dans cette atmosphère ouatée où tout le monde est déshinibé. Fête foraine.
Je surveille mon petit ami du coin de l'oeil, il tient une bouteille de whisky pur serré contre lui qu'il défend corps et âme contre des voleurs imaginaires, ses yeux brillent d'excitation et il vient parfois s'accrocher à moi lorsqu'il badde. J'essaie de le réconforter pendant qu'il s'excuse pathétiquement.
Il sait combien j'ai le coeur serré à le voir ainsi se transformer, jouer avec son corps et ses sensations, lorsqu'il perd toute dignité j'ai peur pour lui. Il sait aussi que j'admire ce comportement nonchalant et fêtard, parce que je ne pourrais pas me soûler ainsi : sans contrôle ni retenue de moi-même, qui sait ce que j'irai dévoiler...

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Jeudi 26 juin 2008 4 26 /06 /Juin /2008 22:32
La jouissance se propage dans mon corps et tous mes membres en tremblent d'aise. Je plane enfin. Le déferlement de plaisir qui se déverse en moi à cet instant me fait passer dans le monde sensible où chaque chose n'est que douceur et plénitude absolue. Puis, comme tous les bonheurs, celui-là aussi s'évapore et je rouvre brutalement les yeux, consciente à nouveau de l'horreur qui m'entoure. Au dessus de moi s'échine un visage anguleux et transpirant que je rejette aussitôt avec force.
"Dégage !"
L'individu gît sur mes draps soyeux et arbore une mine déconfite, ses pupilles injectées de dopamine reprennent peu à peu leur dignité tandis qu'il hurle des insanités, frustré. Je saute prestement du lit et lui balance son jean en le sommant de cacher sa nudité qui me paraît maintenant obscène.
"Allez, tire-toi !"
"Il y a un quart d'heure, c'était "tire-moi" que tu criais !"

Je soupire en observant son ultime masturbation et lui adresse une grimace méprisante avant de partir à la recherche d'une cigarette. Mes ongles raclent les murs sur mon passage et je traverse les pièces somptueusement raffinées et décorées avec goût d'une nonchalance déconcertante.
"Mec, t'abuses !"
En revenant dans ma chambre, le sperme a giclé jusque sur le grand miroir qui domine l'âtre de ma cheminée condamnée. Le liquide poisseux y trace désormais de drôles de symboles tarabiscotés et lorsque je découvre cet affreux spectacle, j'ai envie de fracasser chaque objet de mon quotidien qui assiste, impassible, à ma déchéance.
Mais je me renfrogne et ne fais qu'observer l'homme enfiler ses vêtements, lui n'ose plus me regarder en face. Il se détourne même de moi en se postant à ma fenêtre pour y contempler la ville endormie sous les lumières blafardes du ciel.

"Mon fric. Combien ?"
Je crache la fumée voluptueusement et lui indique le salon, dans le reflet flou de la vitre, de mon index paresseux.
"Dans la commode. Ce que tu veux."
Il y trottine, moi sur ses talons pour mieux ricaner de le voir agripper les billets par poignées avides pour les fourrer rageusement dans ses poches. 
"Deux mille pour un orgasme, ça fait cher."
Il s'immobilise.
"Sale gigolo", je rajoute, dans un sourire pernicieux, pour le rabaisser définitivement.
"Mais c'est quoi ton problème, bordel ?!"
Je lisse mes cheveux d'une main distraite pendant qu'il me lorgne avec répulsion, le front plissé de colère.
"T'occupes. Permets-moi de te dénigrer, tu me pilles ! Laisse-moi faire comme si j'en avais quelque chose à foutre... Et fais juste ton métier."
"Et ton métier à toi, c'est quoi ?"
Je laisse échapper un gloussement factice et c'est la vapeur du tabac dont je me suis entourée pour disparaître qui répond à ma place.
"Rien. Le vide. L'ennui. C'est plus dur que ce que l'on croit."
Il a claqué la porte et j'entends encore ses pas claquer sur la chaussée pendant de longues secondes.
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Vendredi 4 juillet 2008 5 04 /07 /Juil /2008 11:04

Elle dévale la route comme une folle.

Elle se déleste de sa souffrance avec délice et grimace de plaisir en fournissant cet effort désespéré. Ses longs cheveux noirs qui longeaient son visage et cachaient ses émois tourbillonnent désormais autour d'elle, entièrement libres. Sa vareuse voltige gracieusement à chacun de ses sautillements. Son cœur bat la chamade, prêt à exploser, mais ses jambes refusent de ralentir. Depuis qu'elle s'est lancée dans cette course effrénée, chacune de ses foulées claque sur le sol et résonne dans son esprit avec une telle violence qu'elle en est étourdie. Mais elle jette des petits morceaux d'elle sur son passage et, comme si elle se décomposait, cela lui fait un bien fou de se sentir légère. L'envie de vivre la prend si fort à cet instant qu'une explosion orgasmique éclate à l'intérieur de son corps, cet élixir de jouvence parcourt prestement tous ses membres régénérés et la dopamine pénètre son cerveau ; une sensation de plénitude si inattendue lui laisse échapper un cri de victoire fulgurant tandis qu'elle continue de courir.

Ils l'ont méchamment trahie et honteusement manipulée, pendant longtemps ; comme de vulgaires prédateurs, ils ont profité de sa naïveté et abusé de sa clémence, pendant trop longtemps, pense-t-elle. Chaque jour, elle assistait à l’écœurant triomphe de leur règne délictueux sans méfiance. Leur mot d'ordre était de la protéger, mais ils l'avaient coupée du monde en l'arrachant brutalement à son quotidien, ils l’avaient nourrie de médication narcotique pour la neutraliser, elle le comprend et sait désormais quelles étaient leurs réelles intentions. Séquestrée durant un temps qui s'apparente à une éternité, elle a presque oublié ses souvenirs de l'existence de l'humanité, de la réalité maintenant offerte à sa vue. Alors, à présent en-dehors des murs au sein desquels elle avait été retenue prisonnière pendant si longtemps et avait failli étouffer, elle redécouvre chaque détail du monde avec une passion fiévreuse et un émerveillement puéril, comme si c'était la première fois qu'elle en discernait les contours et en respirait l'atmosphère.

Elle lève les yeux pour contempler les formes fantasmagoriques blanchâtres que les nuages dessinent dans le crépuscule de l’azur, elle est fascinée par ces étranges figures chimériques qui semblent esquissées par des divinités sibyllines en quête de créativité. La clarté bleutée de la brume qui se déplie dans les nuées prélude à un magnifique spectacle nocturne. Tout à coup, elle ne sait plus si c’est elle qui fait danser les cumulo-nimbus en accélérant ou le vent qui les transforme de son souffle capricieux, en provoquant de cotonneuses collisions et de moelleuses fusions. Ces images incertaines brouillent sa raison, elle croit tant y découvrir des portraits patibulaires aux frimousses exsangues qu’elle préfère détourner le regard.
Elle baisse la tête et repère en souriant de drôles de végétaux bordant le bitume sur lequel elle s'épuise depuis de longues minutes déjà. Alors qu'elle prend garde de ne pas les broyer sous ses rapides enjambées, les tiges verdâtres oscillent fâcheusement sur son passage. Surplombées de pistils délicats aux pétales multicolores, la douce lumière du soleil couchant se réfléchit sur les plantes et même de houleux balancements ne peuvent troubler cette communion rare des éléments naturels. Elle voudrait se baisser vers elles, en cueillir quelques unes, les porter à sa hauteur puis les serrer contre elle, enfin sentir leur suaves fragrances tant de fois vainement matérialisées par ses sens devenus infirmes, mais cette contemplation florale empressée se paralyse aussitôt. Une clameur rageusement vociférée lui parvient et trouble, en s'insinuant dans les méandres de son esprit torturé, ses charmantes pensées naissantes : c'est son prénom que, dans le lointain, on martèle énergiquement.

"Ana ! Ana !"
Elle n'ose pas se retourner et, pour ne pas freiner son essor, se contente tout d'abord de contenir l'effroi qui dilate ses pupilles et gonfle sa poitrine d'un lourd sanglot de découragement. Après cette échappée insoupçonnée par ses persécuteurs qui s'est révélée fructueuse, comment pourrait-elle retourner à sa condition de recluse s’ils la rattrapaient ?
Elle avait toujours pensé qu’en franchissant les imposantes grilles de l’établissement, elle serait sauve : pour ce faire elle avait du se tenir amorphe les yeux vidés de toute émotion des heures durant pour ne pas attirer l’attention, sombrement assise sur la couverture déchirée de son lit grinçant alors que son corps fourmillait d’impatience à l’élaboration de son plan. Elle avait attendu patiemment tout le jour l’heure tardive du dîner pour agir et pendant que ses tortionnaires se repaissaient enfin allègrement, elle avait sorti du renfoncement en tissu de son soutien-gorge l’objet d’un vol antérieur, la précieuse clef de son oubliette. Ils la pensaient déraisonnée et abrutie des suites des infâmes traitements qu’il lui infligeaient continuellement, ils l’avaient cru soumise à leur aliénation démoniaque et songeaient avec une satisfaction égoïste qu’ils étaient parvenus jusque là à l’anesthésier complètement et la priver d’espérance. Pourtant, elle avait discrètement subtilisé des indices de leur puissance en rêvant du jour où elle en ferait bon usage et elle avait traversé ce soir-là le couloir principal à pas feutrés, en prenant soin d’esquiver les sentinelles qui rôdaient vicieusement, puis elle avait glissé furtivement sur les gravillons blancs dont était enduit le grand parc et s’était écorché la peau en franchissant les murets de pierre qui la séparaient encore de l’entrée. Là, elle avait rampé avec agilité sous les barreaux de fer du monstrueux portail, creusant à l’aide de ses ongles dans le gravier et enfonçant en de vifs soubresauts son maigre corps à ras du sol, aveuglée par la clarté du ciel, haletante, tant la retrouvaille avec un climat non artificiel lui brûlait la chair ; ensuite prise d’une ultime impulsion, elle s’était engagée vers l’extérieur. Après avoir trébuché sur quelques mètres, abasourdie, elle s’était finalement jetée avec précipitation sur le chemin goudronné qui s’ouvrait à elle et sa démarche s’était faite de plus en plus cadencée et déterminée pour laisser place à une course galopante.

Les réminiscences de son audacieux périple virevoltent dans les confins de son âme meurtrie et lui arrachent une larme. La flamme de sa libération conditionnelle se consume à mesure que les hurlements se font plus proches, plus oppressants, plus porteurs de l’accostage qu‘elle redoute et qui lui sera peut-être fatal. Ses membres fatiguent déjà, désaccoutumés d’une telle épreuve physique, des spasmes courbaturent ses cuisses et ses mollets sont tiraillés de toutes parts ; elle a si mal. Le liquide lacrymal qui goutte de sa paupière endolorie est chassé par un bref revers de sa main.
Elle rumine cette époque d’ennui, de docilité et de honte qui a constitué sa vie auprès des scélérats qui la pourchassent actuellement comme du bétail, elle crache sur ses pairs qui ne sont pas venus la libérer de cette emprise mielleuse et ce relent de haine inopiné lui donne la force supplémentaire et la confiance dont elle a besoin pour prolonger son sprint et persévérer dans sa lutte acharnée pour sa délivrance.

Elle tente un regard en arrière mais le dénivellement de la chaussée lui cache ses adversaires. Elle scrute l’espace qu’elle avait précédemment jugé si accueillant à la recherche d’un soutien, d’un refuge mais il n’y a personne aux alentours, aucun quidam ne traîne dans cet endroit reculé que les herbes folles envahissent presque intégralement, il n’y a autour d’elle que ce ciel, ces fleurs et cette route ; cette route qui semble s’étendre à l’infini sur laquelle elle s’échine, cruelle interface entre son enfer et l’éden auquel elle aspire ; cette route qui la torture, alors qu’elle se présumait près de son but, elle ne cesse de s’étirer et c’est comme si le trajet déjà parcouru par ses foulées harassantes n’en représentait qu’une infime et insignifiante distance ; cette route qui absorbe ses dernières forces et reste impassible aux cavalcades intrépides de ses hôtes rivaux.

"Ana !"
Elle comprend que tout est perdu. On a agrippé vigoureusement son col et on tente de la bousculer. Ses pas s’emmêlent rageusement, elle est saisie d’une ardente effervescence, son organisme en détresse se débat et se contorsionne d’un tel ondoiement pour échapper à l’insupportable rafle dont elle est de nouveau victime que sa gesticulation en devient ridiculement comique.
Elle s’écroule à plat ventre, patraque, son minois vaseux est douloureusement éraflé par l’asphalte tandis que des ombres bruyantes s’agitent au-dessus d’elle. Sa main tremble encore sur le terreau, elle se referme sur un fagotin de bouton d’or lorsque l’haleine d’une bouche chaude lui caresse furtivement l’oreille.

"Pourquoi vous-êtes vous enfuie, Mademoiselle Chorète ?"
Son état semi-comateux l’empêche de crier sa peine et d’éructer la pléthore d’insultes qu’elle a sur le cœur depuis longtemps envers eux. Elle reste silencieuse, elle a lâché ses armes et congédié ses envies de conquête du monde ordinaire dans sa dégringolade. Elle n’était peut-être pas encore prête, considère-t-elle, en proie à d’amers regrets qui tenaillent sa poitrine et la rabaissent à sa morne condition. On jacte plus posément qu’à brûle-pourpoint maintenant que le désarroi a laissé place à un calme relatif et que la brise de la nuit rafraîchit tranquillement les esprits. On entoure avec précaution d’un linge tiède son corps secoué de frissons et on rajuste ses cheveux.
"Ramenez-là."

Elle sent qu’on la soulève et, entrouvrant chétivement un œil, admire une dernière fois l’impressionnant dôme céruléen qui culmine tous les fragments de vie, dont les fragiles carcasses qu‘elle entend bruisser à proximité de la sienne. Elle est finalement bien plus à l’aise lovée dans ces bras tolérants que pieds-nus laissée à elle-même sur ce chemin mais elle ne peut encore se l’avouer sans embarras. La blouse qui la recouvre laisse de temps à autre apercevoir l’écusson doré qui lui fait tant horreur mais qu’elle partage néanmoins avec l’équipe médicale de l’hôpital psychiatrique qui marche à ses côtés, rassérénée.

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Mardi 9 septembre 2008 2 09 /09 /Sep /2008 16:09


C'est beau les p'tits Enfants qui sèchent les cours de l'école
C'est beau leurs Ainés qui se mouillent avec de l'alcool
C'est beau leurs Géniteurs qui tendrement en rigolent
C'est beau tous ces Gens qui chuchotent que je suis Folle

C'est beau les talons noirs et mini-jupe assortis
C'est beau les dépravées et les Filles extraverties
C'est beau l'Amour facile avec un N'Importe Qui
C'est beau les Rires, les Cendres, le Sperme en accès gratuit

C'est beau les paquets vides de Bouffe qui jonchent les poubelles
C'est beau les Vols et Viols au fond des sombres ruelles
C'est beau les arrestations Colorées à la pelle
C'est beau les Disputes vaines de toutes les Familles entre elles

C'est beau les affiches de Pub aux Plastiques exemplaires
C'est beau les sac à dos des Hommes remplis d'Adultère
C'est beau la Bourgeoisie, les Pauvres et leurs Misères
C'est beau toute la Beauté qui semble régner sur Terre



                                                      Je te veux en Open Bar
Pour du soir jusqu'au matin
Profiter de mon Pouvoir
                                                      Et aller encore plus loin

                                                      Si ton corps complètement soumis
Est chaud et en accès Gratuit
S'il répond à toutes mes envies
                                                      T'es sur la liste de mes Amis

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Mardi 23 septembre 2008 2 23 /09 /Sep /2008 21:38

Maman, je t'AIME mais tu me TUES. Tu m'arraches ma personnalité par lambeaux, tu me crèves de reproches et de suggestions, tu éventres mes douleurs et les répands sur le sol brillant fraîchement astiqué de la cuisine, tu utilises tes futiles capacités psychologiques pour tenter de me percer à jour mais tu m'épuises. Tu claques une à une mes bulles d'amour envers l'Humanité toute entière que je sens éclore en moi parfois, tu dérobes mes paroles et t'exprimes à ma place alors j'en viens souvent à te haïr d'une force violente qui remonte de mes entrailles et vient se ficher entre mes lèvres, entends-tu la bribe d'un mot vulgaire chuchoter des insanités à ton égard en secret ? J'en viens à te mépriser, toi, ma chère et tendre, ma beauté, ma bourgeoise, ma sublime, mon apprêtée, j'en viens à me morfondre de faire partie de ta lignée parce que tu me protèges tant et si bien que tu finis par m'étouffer complètement.
Avec mon frère, nous t'enfonçons dans le corps un piquet chacun, que nous tenons fermement de nos mains névrosées, nous t'enfonçons en rêve l'un dans l'estomac, que tu cesses de bouffer à nos côtés et que tu arrêtes de nous préparer ces plats, l'autre dans la gorge et bien profondément ancré dans ta cavité buccale pour que tu te taises à jamais. Tu comprends ?
Et finalement, moi, je ne dis rien, cela te ferait trop de peine. Je te mens cependant de temps en temps pour m'assurer une marge, un espace vital et je crise discrètement lorsque le flot de ta présence accumulée déborde. Je te déteste. Je te vomis. Mais qu'est-ce que je t'aime, Maman.

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Mercredi 17 décembre 2008 3 17 /12 /Déc /2008 21:59
J'accouche !
Je n'ai pas mal, la douleur a été diffuse en moi tout au long de ces longs 9 derniers mois.

Je vais pouvoir manger pour une seule personne seulement sans me sentir dépossédée !




Je me sens plus légère.
Le petit tas informe et gluant, infâme et rebutant, dégoulinant d'immondices et ignoble de malsanité que mon ventre a craché en un spasme tremblant repose invisiblement entre mes doigts. Je le malaxe, je l'étire, je le trifouille sans plaisir, j'ai hâte de m'en débarrasser. Le jeter loin, très loin, le détruire ; que les charognes le dépècent puisque je suis sûre que même la Terre le refuse, ce bébé de malheur, mon fils de galères, mon marmot parasite et pestilentiel de disgrâce.

Il n'aurait pas pu naître prématuré ?
Et si je faisais une fausse couche ?

Les accouchements psychologiques de nos malheurs ont cela de bon qu'ils ne laissent pas de traces de sang.
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